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Vin bio: La filière professionnelle sceptique suite aux annonces de Ségolène Royal...

Elle n’a pas donné de calendrier, ni de cahier des charges. Mais elle souhaite « qu’un jour, tous les vins français soient bio. »

La ministre de l’Ecologie Ségolène Royal a annoncé dimanche, sur France 3, qu’il faut « arrêter les pesticides », notamment en raison « des maladies professionnelles qui sont reconnues chez les viticulteurs et chez les ouvriers viticoles. »

20Minutes s’est rendu dans les allées du salon international Vinexpo, qui se tient jusqu’au 18 juin à Bordeaux, pour faire réagir les professionnels à cette annonce. Plus grand salon professionnel dédié au vin, il réunit 2.350 exposants, et attire plus de 45.000 visiteurs.

« Des enjeux économiques très forts »

« Ségolène Royal a sans doute les moyens d’affirmer des choses et de mettre cela en œuvre sur le plan d’une filière entière » lance Sylvain François, président de la nouvelle marque de vins « Louis François », lancée avec Benjamin Roffet, meilleur sommelier de France en 2010. Elle propose 16 vins d’appellation issus des huit plus grandes régions viticoles françaises.

« Sur le principe pourquoi pas, poursuit Sylvain François, c’est plutôt un vœu louable. Mais dans l’application, je crains que ce soit compliqué de transformer 100 % de la filière en bio, car le bio cela veut dire plus de contraintes, et les produits phytosanitaires représentent des enjeux économiques très forts, des lobbying puissants. »

« Le mouvement est enclenché »

Sybille Marlin, chargée de la communication et du marketing au sein de la même entreprise, souligne de son côté que « la transformation en biodynamie ou en culture raisonnée demande du temps avant d’y passer, ça ne peut pas être immédiat. Mais la tendance est là, et les changements de mentalité sont en cours. »

« Le mouvement est enclenché, confirme Franck Bonnet, gérant du château de Respide (Graves), et nous allons sans doute améliorer encore les pratiques viticoles dans les années qui viennent. Mais 100 % du vin français en bio cela ne me paraît pas réaliste. »

« Un surcoût de 150.000 euros »

Franck Bonnet a calculé que pour son exploitation, « un passage en bio engendrerait un surcoût de 150.000 euros par an, du fait de l’achat de nouveau matériel et de l’embauche de personnel, car il faut être beaucoup plus réactif en bio qu’en culture traditionnelle. Si on prend un orage le vendredi, il faut traiter le samedi et le dimanche, alors qu’en culture traditionnelle les produits utilisés sont plus efficaces. Donc le bio, c’est plus complexe, et cela engendre des coûts supplémentaires. »

« On utilise aussi des pesticides dans le bio »

Stéphane Heurlier, des vignobles Heurlier (château La Bretonnière en côtes de Blaye et château La Tour de Guiet en côtes de Bourg) estime pour sa part qu’il n’y pas que le bio. « La plupart des vignerons sont conscients des enjeux environnementaux, et il y a d’autres manières de travailler naturellement, car le bio, c’est un cahier des charges bien spécifique. Et puis, n’oublions pas que dans le bio, on utilise aussi des pesticides, comme le soufre et le cuivre. Ils sont d’origine organique certes, mais cela reste des pesticides dangereux à haute dose. »

La part du vin bio dans le vignoble français reste modeste, puisqu’elle représente environ 8,5 %. Mais le taux de conversion est en forte hausse, en progression de 188 % entre 2007 et 2012. La France figure dans le trio de tête des pays producteurs de vin bio dans le monde, avec l’Espagne et l’Italie.

Mickaël Bosredon

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