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Les industriels du pétrole doutent de la transition énergétique...

L'Ufip juge les objectifs de la loi de transition énergétique peu réalistes. Convaincu que le pétrole et le gaz sont indétrônables pour plusieurs décennies, l'organisation professionnelle plaide pour la relance de l'exploration en France.

L'Union française des industries pétrolières (Ufip) doute que l'objectif inscrit dans la loi de transition énergétique de réduction de 30% de la consommation d'énergie fossile d'ici 2030 soit atteignable.

"J'aimerais voir les scénarios et les coûts", explique Francis Duseux, son président, ajoutant que "cela [lui] paraît extrêmement difficile". Parallèlement, l'organisation française plaide pour une relance de l'exploration pétrolière en France. La recherche d'hydrocarbures conventionnels est la priorité du moment. Quant au pétrole non conventionnel, une relance de l'exploration est envisagée lors du prochain quinquennat.

Plus globalement, l'Ufip n'est guère satisfaite d'une série de réglementations environnementales qui ont "un impact négatif sur la sûreté d'approvisionnement sans contrepartie significative pour l'environnement et la sécurité". "Je ne suis pas en train de vous dire qu'il faut faire n'importe quoi", explique le président de l'Ufip, estimant néanmoins qu'"il faut arrêter d'empiler les réglementations extrêmement pénalisantes".

Gaz et pétrole, énergies d'avenir

Actualité oblige, la transition énergétique et l'ambition d'exemplarité française affichée par la ministre de l'Ecologie constituent un enjeu de taille pour l'Ufip. Mais, l'enjeu est mondial et "ce n'est pas en France qu'on va sauver la planète", explique Francis Duseux.

En effet, selon l'Ufip la biomasse ne devrait guère peser plus de 8% du mix énergétique mondiale en 2040, l'hydraulique quelque 3% et les autres renouvelables un bien maigre 4%. En revanche, le pétrole et le gaz devraient représenter 60% de ce bouquet énergétique et le charbon 19%. Pour l'industrie pétrolière "c'est surtout le gaz qui est l'énergie d'avenir", avec une croissance de la consommation attendue à 65% entre aujourd'hui et 2040.

Au niveau mondial, le pétrole, dont la croissance attendue de la consommation d'ici 2040 est de 25%, reste "un acteur incontournable", répète à l'envie le président de l'Ufip, qui, comme Ségolène Royal, appelle à "ne pas opposer les énergies entre elles".

En conséquence, l'organisation estime que "des solutions énergétiques compétitives et accessibles sont essentielles à une prospérité globale", et que "des sources d'énergie diversifiées sont nécessaires à la croissance".

Estimant qu'"il faut faire confiance aux ingénieurs", Francis Duseux juge que la protection de l'environnement passe avant tout par l'innovation et les progrès technologiques. C'est le cas, par exemple, de l'efficacité énergétique qui devrait avoir d'importants effets sur la demande mondiale de brut attendue par l'Ufip. Celle-ci devrait progresser de 40% d'ici 2040, contre une hausse de 140% à la même date sans mise en œuvre de stratégies d'efficacité énergétique.

Exploiter le pétrole français

Quant aux enjeux français, l'Ufip met en avant deux priorités : la mise en œuvre d'un cadre législatif et réglementaire stable afin d'assurer la pérennité d'activités compétitives et la relance de l'exploration pétrolière conventionnelle en France.

"Le grand souci" est la production nationale qui ne cesse de décroître. "Pourquoi arrête-t-on l'exploitation du pétrole et du gaz en France ?", s'interroge-t-il, estimant que "tout ce qu'on trouve en France est bon à prendre". Sans surprise, Francis Duseux juge, qu'"il n'y a pas de bonne raison de bloquer les permis de pétrole conventionnel" et déplore "la confusion, en France, entre conventionnel et non-conventionnel". L'Ufip pointe en particulier les 162 demandes de permis de recherche "bloquées".

S'agissant des hydrocarbures non conventionnels, si Francis Duseux affirme avoir perdu espoir pour le quinquennat en cours, il n'est cependant pas résigné. "Je crois qu'on va y arriver", a-t-il expliqué, évoquant en particulier l'application de la loi de 2011 interdisant la fracturation hydraulique qui prévoit notamment la création d'une Commission nationale d'orientation, de suivi et d'évaluation des techniques d'exploration et d'exploitation des hydrocarbures liquides et gazeux.

L'évolution des taxes et des charges relatives aux carburants est un second aspect de la politique environnementale française qui déplait à l'Ufip. Comme son prédécesseur, le nouveau président de l'Ufip déplore l'impact de la contribution climat énergie sur le prix du diesel.

En 2015, le prix du diesel à la pompe a augmenté de 5,4 centimes d'euros par litre du fait de cette taxe, le relèvement de deux centimes de la taxe intérieure de consommation (TICPE) pour financer l'abandon de l'écotaxe et des nouvelles obligations en matière de certificat d'économie d'énergie (CEE). L'an prochain, le diesel devrait enregistrer une nouvelle hausse de 2,5 centimes d'euros, rappelle l'Ufip.

Marché carbone, IED, PPRT et réglementation séisme

De manière plus générale, deux règlementations environnementales européennes inquiètent les pétroliers. La première est celle relative au mécanisme d'échange de quotas d'émissions de gaz à effet de serre (GES).

A l'heure où l'Union européenne veut réformer son marché carbone, l'Ufip craint une hausse des prix qui pourraient atteindre 30 euros par tonne de CO2 émise, contre 2 à 2,5 euros actuellement. La seconde règlementation décriée est la directive émissions industrielles (IED) qui impose, selon l'Ufip, des investissements de 20 à 50 millions d'euros par raffinerie d'ici 2018 afin de réduire les émissions de polluants atmosphériques.

Les critiques de l'Ufip concernent aussi certaines "particularités françaises". En premier lieu, les plans de prévention des risques technologiques (PPRT) et la règlementation des équipements sous pression "qui impose des intervalles entre grands arrêts plus courts que la moyenne de l'UE". Ces deux réglementations, ainsi que l'obligation de pavillon, entraînent des dépenses de 5 à 50 millions d'euros par site. La réglementation française relative au risque sismique appliquée aux équipements existants est aussi critiquée. C'est en particulier l'obligation d'étude d'impact résultant de la nouvelle réglementation sismique de 2011 qui ne satisfait pas les pétroliers.

Philippe COLLET

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