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Déclin des pollinisateurs: les abeilles domestiques aussi responsables?...

Le déclin des pollinisateurs sauvages serait aussi le fait de certaines espèces domestiques, qui leur transmettent leurs pathogènes viraux, affirment des chercheurs britanniques dans le Journal of Applied Ecology.

Parmi les nombreuses causes du déclin inquiétant des pollinisateurs, la perte et la fragmentation de leurs habitats, le changement climatique, un nombre croissant de pathogènes, et bien sûr l’intensification de l’agriculture.

Notamment l’usage de pesticides, en particulier des néonicotinoïdes, dont l’usage est en partie suspendu dans l’UE depuis 2013.

S’il est un élément dont on parle moins, c’est l’impact qu’ont certains pollinisateurs domestiques, dont l’abeille Apis mellifera, d’origine européenne mais star de l’apiculture mondiale, ou encore le bourdon Bombus terrestris, notamment utilisé pour la culture sous serre. Elles-mêmes victimes du déclin généralisé, ces espèces pourraient à leur tour fragiliser les pollinisateurs sauvages.

Selon Robyn Manley, chercheure au Centre d’écologie et de conservation à l’université d’Exeter, et ses collègues, les espèces domestiques, enclines aux infections virales qui empoisonnent l’apiculture, les transmettraient à leurs cousines sauvages résidant à proximité. Qu’il s’agisse d’abeilles, de bourdons ou de guêpes, ces insectes, du fait qu’ils sont sociaux, s’en trouvent très rapidement contaminés.

Fleurs contaminées, varroa, etc.

Exemple, l’infection par le virus des ailes déformées (DWV) semble bien plus présent chez les pollinisateurs sauvages lorsque ceux-ci côtoient des abeilles domestiques elles-mêmes touchées par le virus. Encore peu connues, les contaminations interespèces pourraient emprunter plusieurs chemins, notamment au niveau d’une fleur butinée au préalable par un individu contaminé.

Ce transfert pourrait être encore plus fréquent en présence du parasite Varroa destructor, avancent les chercheurs. Si l’acarien asiatique s’en prend uniquement à Apis mellifera, il y sert de vecteur à plusieurs maladies virales. Résultat: plus souvent malades, les colonies domestiques deviennent à leur tour plus dangereuses pour d’autres pollinisateurs.

Selon les chercheurs, le risque de transmission est accru par «le commerce international d’abeilles effectué sans aucun contrôle, leur élevage intensif, une faible surveillance sanitaire, et des lâchers dans la nature». Les néonicotinoïdes ne sont pas épargnés: en altérant le système immunitaire de ces insectes, ils pourraient favoriser la circulation du virus.

Après l’UE en 2013, le Brésil a annoncé vendredi 16 janvier l’interdiction d’épandage des néonicotinoïdes à moins de 300 mètres des champs de coton en fleurs. Fin novembre 2014, l’Ontario est devenue la première province canadienne à annoncer une restriction de ces pesticides. D’ici 2017, elle prévoit de réduire de 80% leur usage dans les champs de maïs et de soja.

Romain Loury

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